70 kilomètres en 3 jours.

70 kilomètres en 3 jours.
 

Voyager en van c’est bien, c’est pratique, on peut voir pleins de choses différentes dans la même journée, on est constamment avec sa maison et on est libre ! Mais voyager à pied a l’avantage de vous faire rencontrer des gens plus facilement.

Il y a quelques semaines, juste avant Noël, nous nous sommes aventurés sur le trek du Queen Charlotte, un chemin de randonnée très populaire dans cette partie de l’île du Sud. L’organisation n’a pas été des plus simples ; il faut réserver un water taxi pour aller au point de départ, un autre pour vous récupérer au point de d’arrivée, prévoir les campings, acheter un pass car une partie du chemin est privée. Bref, après une demi-heure à l’office du tourisme et allégés de quelques centaines de dollars - et oui, il faut que je me renseigne en rentrant sur le coût d’un trek en France, mais ici, ce n’est pas donné ! - notre trek est planifié.

70 kilomètres en 3 jours avec l’option luxueuse du transfert de sacs de campings en campings. Cette option un peu honteuse était inclue dans le pack de base pour le Queen Charlotte, un aller-retour en water taxi nous aurait coûtait le même prix, donc c’est tricher, mais pas vraiment.

Après un réveil aux aurores et une traversée de 45 minutes, nous arrivons sur un très joli ponton (passion ponton !). Quelques minutes d’attentes pour que tous les touristes nous laissent seuls sur le ponton pour pouvoir faire notre photo comme on l’aime, sans âme qui vive. C’est là que nous rencontrons Léa, qui elle aussi s’apprête à faire le trek en 3 jours et attend également que le ponton se vide pour sa photo.

 
© Detours Magazine . Queen Charlotte
© Detours Magazine . Queen Charlotte
 
 
 

Visite éclair au monument commémoratif de Ship Cove, puis nous entamons la marche par une montée sportive, à l’ombre de la folle végétation néozélandaise (parenthèse historique, il paraitrait, selon notre commandant de bord, que certains arbres étaient déjà là lorsque Cook a débarqué à Ship Cove vers 1770 !).

On rattrape progressivement nos touristes partis devant, tout d’abord, les bordelais, peut-être 20 ans de différence d’âge, nous déciderons qu’ils sont Tante et Neveu. J’adore imaginer les relations qui lient les gens. Déjà à Paris, dans le RER A je m’occupais en imaginant comment pouvait être liées les familles d’anglais en visite à Disney ! Bref, je m’égare, le neveu est largement devant pendant que sa tante tire la langue. Nous ne les reverrons pas, ils ne font que l’étape d’aujourd’hui et reprennent le bateau plus tard dans la journée. Un peu plus loin nous retrouvons les Suisse-Allemands, rencontrés plus tôt sur le chemin du port, ils sont trilingues, propres, pas transpirants et souriants !  Nous échangeons quelques politesses et prenons des photos à chaque fois que nous nous croisons. Ils font la première étape à pied, la seconde en canoë et la troisième à vélo. Ca a dû leur couter les yeux de la tête, mais ça nous donne des idées pour monter un tour operator avec en plus de l’option transfert de sac, l’option triathlon sur trois jours sans avoir besoin de repasser par Picton quotidiennement.

A la première table de picnic, nous croisons les Triplés, un couple de quadras et leur fille, jeune adolescente, font déjà la pause casse-croute alors qu’il est à peine 10h. Ils seront notre fil rouge de la randonnée, nous les croiserons à chaque fois qu’ils déjeunent, goûtent ou font une pause.

Nous devons être pas mal aussi, à nous arrêter à chaque fois que la végétation nous offre un petit trou de visibilité. Paul en marcel chapeau avec son gros sac pleins de matos, son Rolleiflex autour du cou, et moi, avec la veste accrochée n’importe comment, le boitier argentique d’un côté, le numérique de l’autre, le visage rouge écarlate d’effort !

© Detours Magazine . Queen Charlotte
 
© Detours Magazine . Queen Charlotte
 
 
© Detours Magazine . Queen Charlotte
© Detours Magazine . Queen Charlotte

Alors que l’eau commence à manquer, nous prenons une pause déjeuner après 11 kilomètres de marche, nous avons laissé derrière nous le point de rendez vous des touristes qui étaient là pour la journée. Depuis le chemin, nous apercevons des douches solaires bronzant sur un rocher, elles semblent nous faire des clins d’œil. C’est un camping désert et ce sera notre point de chute pour le déjeuner. Le camping n'est pas très accueillant malgré les jolies plantes, les douches et les petites décorations ça et là, les toilettes sèches sont fermées par un cadenas et le robinet ne sert à rien d’autre qu’à de la déco ! Après avoir vérifier sur la carte, nous devrons nous passer d’eau pour les 10 derniers kilomètres car nous finissons la bouteille pour notre sachet de nourriture lyophilisée, c’est en forgeant que l’on devient forgerons, n’est ce pas ?

Vers 16 heures, alors que nous entamons les derniers kilomètres, nous commençons à rêver de glaces à l’eau, de coca, de cocktails de fruits frais et autres boissons désaltérantes qui viendraient titiller notre gosier et réveiller nos papilles. C’est à ce moment précis que nous voyons, de l’autre côté de la baie, des parasols et ce qui ressemble à une terrasse ! Non mais les mecs sont des génies ! Ils te foutent une terrasse après tes 8 heures de marche ! Tu es pauvre mais tu t’en fous, tu veux le parasol, la terrasse et la vue !

Nous récupérons notre sac, montons la tente, retirons nos chaussures (Oh la sensation de bonheur lorsque mes doigts de pieds gigotent, libres, dans l’herbe !!), et direction la terrasse qui est à 10 minutes de marche, et oui, faut quand même la mériter ! Une bière pour Paul, une glace pour moi et nous nous affalons dans un gros canapé moelleux face à la mer pour savourer la vue en écoutant Bob Marley ! Quoi de mieux après 26 kilomètres ?!!

Le soir nous retrouvons Léa, l’allemande rencontrée sur le ponton, elle est arrivée 2 heures avant nous, semble fraiche comme si elle avait passé la journée sur un transat ! Nous nous attablons avec le gardien du camping, un jeunot anglais, bénévole pour le DOC (un organisme qui s’occupe de l’entretien des sentiers et des espaces naturels dans le pays, ça pourrait s’apparenté à ONF en France). Nous nous racontons nos vies, parlons écologie, nourriture, voyage, traditions allemandes, françaises, anglaises et néozélandaises, puis de nouveau de nourriture, de pains et de biscuits. C’est agréable de parler anglais, de rire et de rencontrer des gens qui sont là pour les mêmes raisons que toi.

Le lendemain nous attaquons de nouveau par une montée coriace. 23 kilomètres nous séparent de notre prochain camping, et le temps est un peu menaçant. Les premiers kilomètres sont silencieux, nous nous réveillons doucement au rythme de nos pas. Les nuages semblent ne pas vouloir se décrocher du haut des fjords. Ils nous offrent un nouveau paysage. Hier nous étions dans un petit paradis avec son eau turquoise et son ciel bleu, aujourd’hui nous sommes dans une forêt un peu mystérieuse.

 
© Detours Magazine . Queen Charlotte

La végétation est moins dense que la veille et nous laisse davantage profiter du paysage. Après quelques heures de marche, alors que nous faisons un détour vers un point de vue, en haut d’un grosse côte bien raide, tout rouge et dégoulinant, nous croisons les Triplés qui nous motivent et nous disent que la récompense est au bout de la montée ! Et ils n’ont pas tort, la vue est très belle, dégagée, quasiment à 360°. C’est la première fois depuis que l’on marche que l’on peut aussi bien voir les fjords ! C’est sublime, ça nous donne envie d’avoir une petite cabane perdue, avec son ponton et son voilier ! Les panneaux d’indications nous rappellent que nous sommes à plus de 18000 kilomètres de la maison, c’est difficile à réaliser, nous sommes en débardeur, short et lunettes de soleil alors que vous êtes en chaussures à moumoutes, écharpe et gros manteau.

Les points d’eau étaient plus nombreux, et nous arrivons à ne pas manquer, nous avons appris de nos erreurs. Plus loin nous rattrapons à nouveau les Triplés qui sont attablés autour d’un tronc d’arbre, on leur souhaite bon appétit, on rigole ensemble et on repart. Nous aussi on a faim, mais on attend de trouver le bon endroit pour poser le réchaud sans être au milieu des feuillages, avec la chance qu’on a, on arriverait à mettre le feu à la forêt, les Triplés nous dépasserons à leur tour pendant que nous attendant impatiemment que notre eau boue !

Sur cette partie de la rando, il y a pleins de points de vues. Quasiment à chaque arrêt nous nous faisons rattraper par un groupe composé de trois sexagénaires et d’un trentenaire, ils sont tous souriants. La seule dame du groupe est en pleine forme, elle cavale pendant que ses gars s’initient à la perche à Selfie, ils forment un drôle de quatuor.

 

A quelques kilomètres de l’arrivée, Léa nous rattrape, toujours aussi fraiche, nous dépasse en courant dans les descentes, comme une gazelle. Elle ne fait que passer. Nous apprendrons plus tard qu’elle est partie 2 heures après nous du camping… Et elle est arrivée avant... Ah la jeunesse !

Nous passons une nouvelle soirée en sa compagnie, et avec un couple de français qui eux sont en tour du monde depuis 6 mois et pour 6 mois de plus. Ils nous ont fait rêver en parlant Transsibérien, Russie, lac Baïkal et toutes les autres destinations qui font résonner notre bougeotte incessante.  Une soirée de plus à échanger, à rencontrer du monde, à parler voyage et à rigoler. Ca rappelle les soirées avec les potes qui commencent à nous manquer. De retour sous la tente, au chaud dans les duvets, on se dit qu’il faudra qu’on sorte plus de notre van pour allez manger dans les cuisines des campings et rencontrer du monde, ou alors que l’on fasse plus de treks.

Le dernier jour, nous mettons le réveil à 7 heures, 8 heures de marche nous attendent selon la carte. Il y a un dénivelé important pour débuter (pour changer...), et nous avons rendez vous avec le water-taxi à 16 heures, au point d’arrivée, il serait malvenu de le louper.

D’un point de vue paysage, ça a été ma journée préférée, nous avons eu de belles vues sur les fjords, autant au Nord qu’au Sud. Nous avons passé une bonne partie du chemin sur les crêtes des montagnes, puis nous avons retrouvé un peu de forêts, puis des champs, c’était changeant. Le ciel était bien dégagé et la marche assez simple. Nous avons pris notre pause déjeuner après 6 heures de marche, et à seulement 3 kilomètres de l’arrivée.

 
 
 
© Detours Magazine . Queen Charlotte
© Detours Magazine . Queen Charlotte
© Detours Magazine . Queen Charlotte
 
 
© Detours Magazine . Queen Charlotte
 
 

Après les pauses, c’était toujours un peu dur de remettre la machine en route, comme si mes articulations manquaient d’huiles ! Les trois derniers kilomètres se sont faits en pilotage automatique, et nous sommes arrivés à la fin du trek. Et puis c’est tout. Pas de panneau de félicitations, pas de résumé de ta prouesse, pas de ligne d’arrivée, pas d’applaudissements, que dalle ! Des touristes, quelques canards et un retour à la civilisation des plus banals.

C’était mon premier trek, la première fois de ma vie que je marchais plus de 20 kilomètres, et trois jours d’affilés en plus ! Avec toute ma naïveté je pensais qu’à l’arrivée il y avait au moins un petit panneau pour te féliciter. D’accord les applaudissements, la horde d’admirateurs, tout ça, je comprends que ça soit compliqué à organiser, mais un petit panneau quoi, un petit « You did it! » (*Tu as réussi !) ou « Congratulations! » ! Enfin un truc…

Alors on a été s’offrir une glace. Bin oui, ils te mettent pas de panneaux, mais il y a un marchand de glace, qui bien que très gentil ne te félicite pas non plus d’ailleurs. Un petit pipi pour la route, et là, dans les toilettes publiques, je l’ai eu mon panneau. Une citation de Kurt Hahn peinte rapidement sur le mur « There is more in you » (*Il y a plus en toi). Ca m’a fait sourire, c’était la conclusion que j’attendais et ça m’a fait plaisir ! Parce que je suis fière de moi, d’avoir réussi à marcher ces 70 kilomètres, et sans trop râler, sans trop subir, juste en appréciant et en mettant un pied devant l’autre. Et même si on a triché parce qu’on ne portait pas nos affaires (bon, Paul un peu quand même), je suis fière de moi, la pas sportive pour deux sous qui perd un poumon quand elle court après son bus !

Prochain trek, on rigolera peut être moins, c’est de la montagne, et pas de bateau pour trimballer mon sac !

Bisous Bisous !


Passionnée de voyage et de photographie, curieuse et touche à tout.