Une journée inoubliable.
 

Extrait de mon journal de bord. Mardi 11 avril 2016, premier jour du trek Round the Mountain. 70 km autour du Ruapehu, l’un des volcans du Parc National Tongariro, au centre de l’île du Nord.

 

5h : Le réveil sonne. Les yeux encore collés, nos mouvements sont lents, il fait froid dans notre van.

6h : Le lever de soleil offre de belles couleurs, c’est un peu nuageux, mais nous sommes pleins d’espoir.

7h : Il pleut. En route pour le départ de la rando, le trajet se fait en silence, et sous la pluie. Chacun de notre côté nous espérons que ça passe.

8h : Il pleut. La marche peut commencer. Après un update météo nous réalisons qu’il va surement pleuvoir une bonne partie de la journée, mais notre planning ne nous permet pas vraiment de retarder la rando, en plus, le refuge du dernier jour est réservé.

9h : Il pleut. Voilà une heure que l’on marche au bord de la route sous une bruine digne de Normandie. On a revêtu les vestes et pantalons Gore-Tex, les appareils photos sont bien rangés. Nous attaquons le chemin de randonnée, quittons la route et le soupçon de civilisation. Les prochaines 24 heures se passeront sans croiser âmes qui vivent.

 

11h : Il pleut, il ne s’arrête pas de pleuvoir, nos habits étanches commencent à l’être de moins en moins. Nous avons croisé la seule intersection de la journée, dorénavant nous suivons les piquets orange. Ca monte et ça descend, entre les rochers, la boue et les rivières, aucune vue pour nous divertir, juste un brouillard épais.

13h : Il pleut. Nous continuons d’avancer, on monte, on descend, on glisse. Pas le courage de s’arrêter manger, la végétation ne dépasse pas les 50 cm et il n’y a aucun endroit pour s’abriter. Paul s’aventure à quelques photos alors que mon iPhone n’a pas survécu dans la poche latérale de mon sac, il a succombé à l’humidité.

15h : Il pleut. Après une grande descente facilitée par un bel escalier en bois, nous atteignons le Surprise Lake. Entouré de tussocks, avec toujours autant de nuages, nous avons l’impression d’être dans une peinture, c’est très beau mais très venteux, alors on ne s’éternise pas. D’après les différentes descriptions du chemin que nous avons pu lire ça et là, nous devons être à 1 heure de marche du refuge !! La bonne nouvelle de la journée ! La fatigue physique et morale commence à se ressentir. Nous sommes trempés jusqu’aux os.

16h : Il pleut, beaucoup. Les averses s’accentuent par moment, juste pour nous démotiver un peu plus. 

Nous faisons face à une nouvelle rivière. Une de plus, mais une bien plus grosse et large que celles que nous avons pu croiser jusqu’à présent. Après quelques allers retours à la longer, l’observer, nous sommes obligés d’admettre qu’il va falloir la traverser. Paul va estimer le niveau d’eau, je le regarde avec douleur et compassion retirer ses pantalons, ses chaussures et chaussettes trempées puis entrer dans l’eau. A peine quelques pas et il a de l’eau au dessus du genou. A cet endroit le courant n’est pas trop violent mais il faut faire de petits pas rapides. Verdict, nous pouvons traverser, l’eau nous arrivera en haut des cuisses. Il fait demi tour, prend ses affaires, et revient pour m’accompagner. Je pleurote, je tremble en retirant mes vêtements.

Ca fait maintenant 8 heures que l’on marche, nous avons un bol de céréale et une barre énergétique dans le ventre, et ça doit bien faire 5 heures que nos vêtements ne sont plus étanches à rien du tout. Alors à ce moment, l’épuisement est à son comble. La traversée de rivière c’est la goutte d’eau (c’est le cas de le dire) qui fait déborder le vase.

Il ne faut pas plus d’une minute pour arriver sur l’autre berge. Et il n’a pas fallu plus de temps pour que mes doigts de pieds et mes genoux virent au bleu. Je m’effondre en culotte, trempée. Toute la fatigue, l’énervement, mais aussi le gros soulagement d’avoir traversé cette putain de rivière ressortent en cris et en larmes. Je nous imaginais déjà devoir appeler les secours, ou être emportés par le courant. Paul me murmure « Ca va aller, rhabille toi, ça va aller. », mais je sens dans sa voix qu’il a eu peur aussi, que cette journée est éprouvante pour lui également. Sauf que lui, doit me supporter, me motiver, il doit avoir suffisamment de force morale pour lui et pour moi. Alors au bord de notre rivière, en le voyant me parler doucement, j’essaie de me ressaisir, de trouver un peu plus de force. J’essore mes chaussettes en pleurant, je renfile tout ça, les pantalons trempés nous apportent tout de même un peu de chaleur. Nous repartons, la tête enfoncée dans ma capuche je le suis, ses pieds sont mon rythme.

 
 

16h30 : Après 300 mètres nous pénétrons dans la forêt, et là, telle une apparition, à l’image de Boucle d’or qui découvre la maison des trois ours, ou de Blanche neige face à la maison des sept nains, le refuge apparaît ! Oh joie !! Nous étions au pied du refuge et nous ne le savions même pas !

Si le bonheur pur existe, je crois que nous l’avons expérimenté ici, au pied de la Mangaturuturu Hut. Et pour encore plus de bonheur, comme une récompense, nous étions seuls. Seuls pour profiter du poêle, pour étaler nos affaires partout. Seuls pour s’allonger auprès du feu. Pas besoin de parler, pas besoin de raconter notre journée, pas besoin de sourire, nous pouvons juste être heureux à deux.

18h : Il pleut encore. Nous appréhendons la journée de demain, nous voulons rester dans ce refuge jusqu’à ce que le soleil et le ciel bleu se mettent d’accord pour cohabiter. Pour le moment, l’heure est au repas et à la détente. Nous y sommes parvenus ! Nous l’avons fait et le soulagement est total !

Nous ne sommes pas prêt d’oublier ce Mardi 11 Avril !

Pour un récit plus objectif et complet, il faudra patienter un peu, Paul vous prépare un joli article qui sera dans le Volume 3 de Détours ! 

Blanche neige illustration
 
Detours Magazine. Mangaturuturu hut
 

Passionnée de voyage et de photographie, curieuse et touche à tout.