Au milieu de nulle part.

Extrait de notre carnet de route

De la Stuart Highway à Watarrka National Park en passant par Uluru – Kata-Tjuta National Park.

© Détours . Red Center, Australie . Itinéraire . Carte

Mardi 9 Aout 2016 // distance parcourue : 336 km.

Nous reprenons la route, sans petit-déj, car hier nous sommes tombés en panne de gaz, sur un parking, entourés de grosses caravanes luxueuses. Non sans difficulté, nous avons réussi à trouver une âme charitable pour nous prêter un réchaud de secours. Nous filons donc rejoindre la station essence la plus proche. Il nous faut encore patienter 30 minutes avant que le propriétaire arrive, car lui seul sait manier la bête. Petite parenthèse ici, ça fait maintenant deux jours que l’on tente de recharger notre bouteille de gaz, et ça s’est avéré être une mission beaucoup plus complexe que prévue. À Coober Pedy, 400 kilomètres plus au Sud, Caltex était « out of gas » alors que l’employé de Shell me regardait avec des yeux de merlan frits. Quelques centaines de kilomètres plus loin, à Marla, après une première réponse négative et alors que nous amorcions le départ, la nana de Caltex nous a rattrapé pour nous dire que c’était possible, mais qu’un seul gars savait s’en servir, 30 minutes d’attente plus tard, ce fameux mec ne s’est jamais montré, et nous avons abandonné. Deux jours et près de 500 bornes plus tard, c’est à Kulgera que nous parvenons enfin à remplir notre bonbonne. Vu l’ambiance glauque qui règne dans cette station de si bon matin et malgré la joviale musique country, nous décidons de repousser encore un peu notre petit-déjeuner. C’est à Erldunda, à l’intersection de la Lasseter Highway, la route menant à Uluru, que nous nous remplissons la panse.

J’y ai également ma minute de gloire et de bonté en trouvant une enveloppe, au pied d’une voiture, remplie de billets de banque bien rangés. Mon cerveau a tourné à 100 à l’heure, et je suis finalement restée postée près de cette voiture en attendant que ses propriétaires s’en approchent. Non sans un pincement au cœur, je leurs ai tendu l’enveloppe BNP Paribas contenant le budget de leur vacances sans même réaliser qu’ils devaient être français. La fin de notre voyage aurait été bien plus agréable avec ces dollars supplémentaires, mais je ne suis pas peu fière d’avoir été honnête.

Nous roulons vers Uluru, prenons une douche plus que bienvenue à Curtin Springs avant de marquer un nouvel arrêt au Mt Connor lookout. Sorte de Monument Valley australienne, une impressionnante mésa sortie de nulle part, trône seule au milieu du désert. De l’autre côté de la route, la montée de la dune est récompensée par une vue sur un lac de sel blanc immense, contrastant avec le sable rouge qui l’entoure et le ciel bleu qui le surplombe. Très beau !

Nous établissons notre camp de base à quelques kilomètres avant le parc d’Uluru. Le spot de camping est idéalement placé, et suffisamment vaste pour que chaque campeur ait son petit coin de tranquillité. Après avoir été marcher dans les dunes pour admirer ce paysage unique et si bien mis en valeur par la lumière de fin de journée, nous prenons pour la première fois l’apéro dehors !

 
Détours . Red Center, Australie .
 
Détours . Red Center, Australie . Mt Connor.
Détours . Red Center, Australie . Uluru .
 

Mercredi 10 Aout 2016 // Distance parcourue : 64 km.

Direction le parc national Uluru Kata-Tjuta !

On a réussi à se perdre dans ce maudit complexe hôtelier, les guides te disent que Yulara est une ville, mais ils te mentent, c’est Disneyland ce truc ! Avec des ronds points et des sens uniques partout ! Nous avons fini par trouver un semblant d’office du tourisme qui a juste été capable de nous dire où aller pour avoir de vraies infos, non mais sérieusement ! Finalement, c’est à l’entrée du parc que l’on a obtenu nos pass (25$ par personne pour 3 jours) et une carte. On a quand même fait une visite éclaire au centre culturel / point d’information, qui n’a rien d’un visitor center non plus mais qui raconte l’histoire du lieu et énumère les différentes randonnées.

En milieu de matinée, nous nous rendons au pied de la bête, cette masse rouge ! C’est imposant, impressionnant, beau, limite majestueux ! Nous faisons les 10 kilomètres de marche qui en font le tour, même si au début, nous devons un peu slalomer entre tous ces touristes et leurs perches à selfie qui veulent se faire prendre en photos au même endroit ! Mais au fil de la marche il y a moins de monde, peu de groupes se lancent dans le tour complet, pas le temps de prendre son temps ! La marche est belle mais assez monotone, le chemin est large comme une route et le paysage change peu, le gros caillou à droite et la plaine déserte à gauche. Nous passerons ces heures de marche à débattre avec acharnement sur le respect ou non de l’interdiction de prendre des photographies de certaines sections sacrées dans la culture aborigène, ainsi que sur l’ascension du sommet. Nous ne parviendrons pas à nous mettre d’accord. Pour la petite histoire, il est déconseillé de faire l’ascension du sommet car nous sommes sur des terres aborigènes sacrées, cependant, les australiens ont quand même installé des mains courantes pour faciliter l’ascension. « On a tout fait pour que ça soit accessible, mais ne montez pas, touristes irrespectueux ! ». Soit c’est une terre sacrée et l’ascension est interdite, soit l’ascension ne représente pas un blasphème et peut alors être accessible, mais ne pas prendre de décision est un peu hypocrite.

L’après-midi sera plus calme, nous profitons de la vue sur Uluru en attendant le coucher du soleil. Expérience socio-culturelle intéressante, il y a foule ce soir et nous observons plus les gens que le paysage.

© Détours . Red Center, Australie . Uluru
Détours . Red Center, Australie . Uluru
 
Détours . Red Center, Australie . Uluru .
© Détours . Red Center, Australie . Uluru .
 
© Détours . Red Center, Australia . Uluru
© Détours . Red Center, Australie . Uluru
© Détours . Red Center, Australie . Uluru
 

Jeudi 11 Aout 2016 // Distance parcourue : 173 km.

5h30 du matin, le réveil sonne, nous avons rendez-vous avec le lever de soleil. Petit détour par Uluru pour une photo d’étoiles avant d’arriver à un nouveau point de vue, sur Kata-Tjuta cette fois-ci. Nous ne sommes pas seuls, on se croirait chez H&M le premier jour des soldes, sauf que là, on ne s’arrache pas les bonnes affaires, mais la photo de deux (beaux) rochers. Les têtes et les objectifs alternent entre Uluru, à droite, dont la silhouette prend forme à contre-jour et Kata-Tjuta, légèrement sur la gauche, qui prend peu à peu sa couleur rosée, avec un peu d’imagination, on se croirait en plein match de tennis sur le central de Roland-Garros. D’ailleurs, ce n’est pas le son permanent des déclenchements qui nous fera penser le contraire. C’est pathétique ! Définitivement, les gens me désespérèrent. Nous finissons par fuir pour nous rendre au départ de la rando Valley of the Winds.

Contrairement à la veille, la rando n’est ni plate, ni monotone. Nous crapahutons dans les rochers puis remontons une gorge avec une très belle vue en contre-bas, zigzaguons dans une minuscule forêt, puis serpentons dans la vallée. Les 7 kilomètres et demi sont magnifiques du début à la fin, on a parfois l’impression d’être dans le décor du Roi Lion ! Le rouge des roches, le bleu du ciel, le vert, jaune, gris, ou encore violet de la végétation et le chant des oiseaux par là dessus, c’est sublime !

© Détours . Red Center, Australie . Uluru Kata Tjuta National Park
AUS.2016_08_09 Red Center-8539.jpg
 
© Détours . Red Center, Australie . Uluru Kata Tjuta National Park
 
© Détours . Red Center, Australie . Uluru Kata Tjuta National Park
 
 
© Détours . Red Center, Australie . Uluru Kata Tjuta National Park
 
 
© Détours . Red Center, Australie . Uluru Kata Tjuta National Park
© Détours . Red Center, Australie . Uluru Kata Tjuta National Park

Vendredi 12 Aout 2016 // Distance parcourue : 250 km.

Pour la première fois depuis le début de notre périple australien, Paul est réveillé avant moi ! Nous levons le camp vers 10 heures, après avoir empêché une petite quail (oiseau endémique gris un peu rosé qui roucoule en marchant, signe particulier : elles ont avec une crête sur le dessus du crâne) de boire l’eau usée qui s’écoule de notre van, encore une aberration de la conception de ce van ! Au début, nous étions gênés d’utiliser notre évier car tout se déversait par terre, mais après quelques jours sur les routes en compagnie des grosses caravanes australiennes de luxe, nous avons constaté que, primo, tout le monde s’en fichait, et secundo, tout le monde le faisait, même les soit disant self-contained ! Alors on essaie de ne pas trop le faire dans la nature mais on ne se prive pas sur les parkings bitumés ! Tout ça pour dire que l’on n’a pas voulu empoissonner cette belle petite quail avec notre eau de vaisselle.

Nous avons donc pris la route, au revoir le parc national d’Uluru ! Petite pause à la roadhouse de Curtin Springs pour une nouvelle douche, volée cette fois-ci. Après une grande conversation, on a décidé qu’elle serait offerte avec nos 80$ de plein d’essence. Oui, nous avons notre propre baromètre d’honnêteté.

Nouvelle route ! Direction Kings Canyon dans le Watarrka National Park. La route est un peu plus vallonnée que ce que l’on a vu jusqu’à présent, les arbres plus hauts et la végétation plus dense. Il y a des fleurs partout, c’est très coloré, et toujours cette terre rouge. Notre route s’arrête à 40 kilomètres du parc. Nous passons la journée à l’ombre du van, en chassant les mouches qui nous prennent pour des vaches.

 

Le coucher de soleil est fou, le ciel est en feu. Et nous ne sommes que six à profiter de cette vue, ça ne vaut pas la peine de s’entasser sur une plateforme face à Uluru (et dos au soleil soit dit en passant).

 
© Détours . Red Center, Australie .
© Détours . Red Center, Australie . Watarrka Nation Park . Kings Canyon
© Détours . Red Center, Australie . Watarrka National Park . Kings Canyon
 

Samedi 13 Aout 2016 // Distance parcourue : 323 km.

Réveil en douceur après une nuit moins fraiche que les précédentes, c’est agréable. Dans le désert, les journées sont aussi chaudes que les nuits sont froides. Le lever de soleil est aussi beau que le coucher d’hier ! Y’a pas à dire, ça a quand même plus de charme lorsque les nuages y mettent leur grain de sel.

Nous nous rendons au Watarrka National Park aujourd’hui, pour une randonnée autour du Kings Canyon. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages, mais ce n’est pas plus mal, car il n’y a aucun point d’ombre le long de ce parcours et cette rando est d’ailleurs fermée après 9 heures du matin les jours de grosse chaleur. Après une ascension de 100 mètres grâce à un escalier tailler dans la roche, on commence à prendre la mesure du site. Ce canyon est impressionnant ! Ces parois de roches rouges ont l’air tassé par le temps, superposées les unes sur les autres en des dizaines de strates horizontales.

De temps à autres des palmiers apparaissent parmi les autres arbres aux fleurs jaunes qui fleurissent le paysage. Il nous a fallu 2 heures 30 pour finir la boucle, en incluant un side-trip vers un look out à couper le souffle. En arrivant au van, nous nous jetons sur notre eau dégueulasse, par ici, les bouteilles d’eau minérale sont hors de prix, 6 ou 7$ pour 1,5 L, alors on se contente des robinets d’eau potable qu’on trouve, tantôt goût de savon, tantôt goût de javel… Partir marcher sans eau n’était pas une brillante idée, j’ai fini la marche en listant tout les trucs rafraichissants qui me faisaient envie. Un melon bien sucré, avec une tranche de baguette, du beurre salé, du jambon de Bayonne et un diabolo grenadine !

 
© Détours . Red Center, Australie . Watarrka National Park . Kings Canyon
 
© Détours . Red Center, Australie . Watarrka National Park . Kings Canyon
© Détours . Red Center, Australie . Watarrka National Park . Kings Canyon
 
 
© Détours . Red Center, Australie . Watarrka National Park . Kings Canyon
© Détours . Red Center, Australie . Watarrka National Park . Kings Canyon
© Détours . Red Center, Australie . Watarrka National Park . Kings Canyon
 

Nous avions pour projet de rejoindre Alice Springs par le Nord-Ouest et ainsi faire une boucle sans repasser par la Highway. Plusieurs opinions divergentes sur l’état de la piste nous ont fait hésiter. Mais les avis catégoriques obtenus à la station service et à la réception du camping à deux pas de l’embranchement, ont fini d’achever nos espoirs. « C’est une piste pour 4x4, pas de 4x4, pas de piste ! »

Non sans frustration, nous faisons demi-tour en imaginant le véhicule qu’on aura pour notre prochain tour en Australie : un camion/bus 4x4 avec une autonomie d’au moins une semaine pour tout : eau, gaz et électricité ! On se console également en se disant qu’au moins, on a pas besoin de faire le plein ici, où l’essence coûte 2,02$ le litre, soit près du double du prix, 2000 bornes plus au Sud.

Pas de nouvelle route aujourd’hui, nous revenons sur nos pas pour camper à quelques kilomètres de la Stuart Highway. Nous sommes seuls au milieu de rien, aux premières loges de ce qui s’annonce être un nouveau coucher de soleil époustouflant !

L’aventure continue…

Passionnée de voyage et de photographie, curieuse et touche à tout.