Calme & sérénité.

La journée est déjà bien avancée lorsque nous faisons connaissance avec lui. Et pour cause, il n’est pas du genre à se laisser approcher trop facilement, sûrement pour marquer sa différence avec son extraverti voisin du Milford. Lui, c’est le Doubtful Sound, isolé des voies de circulation terrestres, il tient particulièrement à maintenir une certaine distance entre lui et le tourisme de masse. Pour cela, il s’est habilement réfugié derrière quelques montagnes et un lac, suffisamment beaux et imposants eux mêmes pour suffire au plaisir des touristes n’osant s’aventurer au de-là de l’horizon.

S’il s’apprécie en partie depuis le Wilmot Pass, c’est surtout en navigant sur ses eaux que ce fiord se découvre. Tout au long des 42 kilomètres séparant Deep Cove de la mer de Tasman, le Doubtful dévoile plusieurs de ces facettes, les unes après les autres. Agrémenté de quelques îles et de multiples ramifications, parfois aussi vastes que lui, il pousse ses invités à en explorer ses moindres recoins, à se perdre dans ses indiscernables petites baies, masquées par les flancs des montagnes se jetant sans retenue dans ses eaux. Des parois abruptes et verticales, couvertes de végétation, principalement d’arbres défiant la gravité. Depuis la mer jusqu’aux sommets, leurs racines s’agrippent au mince tapis de mousses et de lichens, sans qui les flancs rocailleux du fiord resteraient nus.

 
 
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© Détours Magazine - Doubtful Sound
 
©Détours Magazine - Doubtful Sound
 
 
 
©Détours Magazine - Doubtful Sound
 

Cet équilibre instable est parfois rompu. Après de fortes pluies ou simplement parce qu’ils deviennent trop  grands et trop lourds, le tapis de mousse cède, et les arbres dévalent la pente, entrainant tout ce qui se trouve sur leur course. Ces avalanches d’arbres laissent de claires cicatrices bien droites au milieu de la verdure, nous rappelant à quel point la nature peut être violente, même dans ces endroits des plus calmes et sereins. Cela dit, l’ambiance peut parfois être feutrée. Lors de l’exploration des baies protégées du vent, l’eau relativement agitée laisse alors place à une mer d’huile dans laquelle s’en reflète une autre, faite de nuages coincés au niveau des crêtes. A peine le temps d’apprécier qu’une brume pluvieuse s’installe, masquant presque tout. Désormais, seules quelques formes se distinguent au travers de ce léger brouillard, dans ce paysage devenu monochrome sans pour autant perdre de sa superbe.

A l’embouchure du fiord gisent quelques récifs. S’ils servent de transats à une colonie de phoques à fourrure, ils se dressent aussi face à vous comme pour vous défendre de gagner la mer, en laissant le Doubtful Sound sans en avoir gouter tous ses enchantements. Et il est bien difficile de contredire cette impression tant le spectacle est grandiose une fois qu’on se retourne.

 
 
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Maintenant face au fiord, nous en mesurons son immensité de par l’étroitesse de son couloir qui monopolise l’attention de chacun. Les nuages filtrent le peu de lumière qu’il reste en cette fin de journée et il est impossible de discerner quoi que ce soit au de-là du premier rideau de montagne formant l’entrée du fiord. On comprend alors pourquoi le Capitaine Cook le nomma ainsi en 1770, alors incertain au sujet de ses chances d’en ressortir s’il en entamait l’exploration. Car si les vents du Fiordland permettent idéalement d’y entrer, rares sont les occasions où ils permettent d’en sortir. Si pour une fois, le fameux Cook a renommé cet endroit de façon poétique, il n’en rend pas pour autant son appellation originelle caduque.

 

En Maori, ce fiord s’appelle Patea, le lieu du silence. Et à quelques heures de retrouver la civilisation, le capitaine offre aux passagers l’opportunité d’apprécier un de ces moments insoupçonnés pour les citadins. Toutes machines éteintes, le navire est comme perdu au milieu d’une peinture. Nous faisons l’expérience du silence. Dans cette nature presque figée du petit matin, sans vent ni vague, sans un seul bruit d’origine humaine, le silence s’offre aux oreilles de chacun. Presque religieux. Seuls les oiseaux se permettent de faire raisonner leurs chants ça et là alors qu’une légère brume descend lentement depuis les hauteurs du fiord, nous rappelant que nous ne sommes pas des figurants au milieu d’une toile. Explorer le Doubtful Sound, c’est se laisser envahir par sa sérénité et submerger par sa magnificence, que même le mauvais temps ne peut que sublimer. C’est probablement à cela que se reconnaît une merveille de la nature.

 
©Détours Magazine - Doubtful Sound
 
©Détours Magazine - Doubtful Sound

article extrait du Volume 02